Serviteurs de Dieu Cyprien et Daphrose Rugamba

« Si le grain de blé tombé en terre, ne meurt pas, il demeure seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » (Jn12, 24)

Les Rugamba sont un couple qui est passé par le feu pour être purifié.

Né en 1935, Cyprien Rugamba est historien, poète, compositeur de chants, chorégraphe, fondateur d’un ballet Amasimbi n’Amakombe. Il a été, entre autres , Directeur de l’Institut National de recherches scientifiques. Daphrose, quant à elle, est née en 1940 et a fait des études d’enseignante.

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Il faut remonter dans les années 60 pour découvrir l’histoire de ce couple. Cyprien, après avoir quitté le Grand Séminaire, s’était fiancé à Xavérine, qui fut assassinée par noyade durant les troubles ethniques de 1963. Cette mort le plongea dans une grande tristesse. Par la suite, il se fiança avec Daphrose. Ils se marièrent en 1965. A cette époque, Cyprien plongea dans une crise de foi qui avait commencé au séminaire suite à l’étude des philosophes existentialistes. Il témoigne qu’il voulait comprendre Dieu avec la raison. N’y parvenant pas, il comprit qu’avec lui, on ne pouvait pas exister. Et il se dit : « Ceux qui croient, ils n’ont qu’à croire, mais moi je n’y vois rien.» Cette perte de foi se manifestait par sa phobie de voir un crucifix.

A cette même époque, la soeur de Cyprien complota contre Daphrose. Cyprien crut et ne toléra pas ce qu’il entendait dire au sujet du comportement de sa femme. Il la répudia. Lorsqu’il comprit que sa femme avait été victime de médisance, il la ramena au foyer mais continua à la délaisser. Malgré la souffrance Daphrose demeura fidèle à la prière.

 

C’est en 1982, que Cyprien se convertit. Une mystérieuse maladie des nerfs, toucha ses capacités : il avait des difficultés à entendre, à voir, à parler, à se coucher, à penser, lui qui était un grand intellectuel. Sa voix était atteinte, lui qui était compositeur et fondateur d’un ballet. Comme il disait, Dieu a touché tout ce qui faisait son orgueil.

« Quand j’étais à Butare, dirigeant l’Institut National des Recherches Scientifiques (INRS), j’ai rencontré Dieu. Il m’a capturé, en 1982, par sa pure grâce. Il a dit : « Toi, petit homme, tu as couru, tu t’es vanté que tu m’attraperais, que tu me comprendrais, tu ne l’as pas pu, c’est moi qui donne ça. Je te fais grâce et je te l’offre. Contente-toi de ça. »

Au cours de cette maladie, il va vivre une guérison miraculeuse. Il reconnaît aussi que sa conversion est le fruit de la prière persévérante de Daphrose. Cyprien sut demander pardon et Daphrose lui pardonna. La belle-sœur de Daphrose qui avait été la cause de leur séparation, leur demanda pardon et ils lui pardonnèrent. Ils eurent une relation lumineuse.

C’est en septembre 1990, qu’ils décidèrent de commencer la Communauté de l’Emmanuel au Rwanda, soit une semaine avant la guerre que mena le FPR contre le régime de Habyarimana. Cette guerre va entraîner la manifestation au grand jour des sentiments de haine, de méfiance qui étaient cachés dans les cœurs des Rwandais.

Cyprien avait refusé de répondre aux avances des partis qui voulaient qu’il soit un de leurs dirigeants, trouvant en lui un leader charismatique pour attirer des fidèles. Il ne voulait pas que, à cette époque où les partis avaient des couleurs régionales ou ethniques, qu’on le regarde avec les lunettes partisanes et que le message du Christ soit déformé. Il recommandait que chacun influence la politique par la prière d’abord : tous les vendredis de 1990 à 1994, étaient consacrés au jeûne pour demander la paix. Lui pouvait atteindre les ministres, le Président de la République. Quand, dans sa prière, il recevait quelque chose à dire au Président, il y allait. Une fois, il alla lui dire que pour que la paix revienne, il serait bon qu’il ôte les mentions ethniques des cartes d’identité. A son retour, quelqu’un lui dit que par ce geste, il avait signé son arrêt de mort, qu’il avait rejoint la liste noire des personnes à abattre.

 

Cette nuit-là, (du 6 au 7 Avril 1994) lorsqu’ils apprirent que l’avion du Président Habyarimana avait été abattu. Ils redoutèrent le pire. Les parents les enfants se relayèrent devant le Saint Sacrement exposé, ils dirent le chapelet et communièrent. » Le 7 avril 1994, en fin de matinée, c’est devant le Saint Sacrement exposé qu’ils furent trouvés par des soldats. Ils furent assassinés avec 6 de leurs 10 enfants et quelqu’un les enterra dans leur jardin juste à l’endroit où ils recevaient des gens qu’ils accompagnaient spirituellement.

Presque 22 ans après leur départ vers le Père, le 18 septembre 2015, a débuté le procès de béatification et de canonisation de Daphrose et Cyprien Rugamba.

 

Œuvres de miséricorde dans la vie des Rugamba.

Après la conversion, Cyprien s’adonne à des œuvres de miséricorde : il s’approchera des pauvres, notamment un lépreux dont il sera, d’ailleurs, parrain de baptême. Il donnait à la Caritas aussi des sommes d’argent. Il a aidé beaucoup de malades à se faire soigner. Quand il créa la Communauté de l’Emmanuel, il mit sur pied l’apostolat auprès des prisonniers. Les enfants de la rue avaient une place privilégiée dans le cœur de ce couple . La naissance d’un projet pour les soutenir est partie de Daphrose qui vendait des pommes de terre dans une boutique près du marché de Kigali. Les enfants de la rue volaient des pommes de terre en les tirant, avec des hameçons de fortune. Au lieu de les chasser, elle s’est approchée d’eux pour les écouter et comprendre leurs besoins. Cela lui a permis de les aider avec les moyens de bord : savons, vêtements. Ainsi est né le projet des enfants de la rue contenu dans ce qui est appelé « Centre Cyprien et Daphrose Rugamba », un véritable monument de la miséricorde, signe de ce que Cyprien avait souhaité «  Que ces enfants ne soient pas la nausée, mais la fierté du pays. »

Les œuvres de miséricorde spirituelles, abondent. Leur maison était comme un hôpital spirituel, ouvert pour accueillir les personnes fatiguées et désespérées de toutes sortes, de tous rangs sociaux. Cyprien avait pris le titre de veilleur de la maison, Jésus en en étant le Maître. En fait, il s’effaçait devant Lui et Le laissait faire ses œuvres. N’avait-il pas entendu une voix, par trois fois, lui dire, une fois qu’il priait : « Cyprien, par toi, je vais faire œuvre de rédemption» ? Ils donnaient des conseils à tous, reprenaient ceux qui étaient égarés, enseignaient notamment les couples dans des groupes de prière, ne cachant pas leur misère et la miséricorde de Dieu qui les avait sortis du fossé. Ils pratiquaient aussi l’évangélisation de rue.

 

La source de la miséricorde.

Ils aimaient Jésus Eucharistie et avant qu’ils aient le Saint Sacrement chez eux, ils aimaient aller adorer, chaque jour, chez les Religieuses de l’Assomption et Daphrose, avant la conversion de son mari, allait seule, chez des religieuses à Butare.

Ils se confessaient hebdomadairement. Ils faisaient l’expérience de la miséricorde divine, pour eux-mêmes, pour faire miséricorde aux autres. Ils prenaient conscience de leur misère pour comprendre celle des autres et ainsi les conduire vers la source des eaux vives de la miséricorde.

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